Qu’est-ce qui se brasse… chez LEFOL?

Très discrètement située dans un bâtiment du quartier du Vieux-Limoilou, près de la rivière St-Charles, la microbrasserie LEFOL cache bien son jeu, sauf les journées où on annonce une vente sur sa page Facebook. La grande porte de garage s’ouvre alors sur un vaste entrepôt, histoire d’attirer les amateurs de bières… le temps que le stock s’écoule en deux temps, trois gorgées! LEFOL vient du nom archaïque de l’arcane majeure au tarot, la première carte du jeu, le mat ou le fou, qui représente le début et la fin, la liberté et la folie.

Les débuts

LEFOL, c’est un projet collectif de passionnés, qui se voulait empreint de bonheur et de créativité pour faire découvrir des bières de types plus rares sur le marché d’ici. Ce projet est l’œuvre de quatre acolytes : Paolo, le brasseur (aussi brasseur pour Emporium), Éléonore, qui gère tout le côté administratif (tout ce qui n’est pas faire de la bière, mais assurer toute sa mise en marché), ainsi que Greg et Charles. Aujourd’hui, ce sont Paolo et Éléonore qui m’ont chaleureusement reçue. Fait non anodin : Éléonore, en plus de gérer les opérations administratives chez LEFOL, occupe un emploi à temps plein en communications et gestion de projets. Deux thématiques bien distinctes, mais qu’elle qualifie de facilement conciliables, surtout qu’elle est réellement passionnée, une condition sine qua non pour réussir!

LEFOL est né d’un rêve de Paolo qui a germé alors qu’il était en Belgique et qu’il goûtait des bières plus sauvages, des bières différentes. Il aimait la poésie qu’ajoutent les microorganismes au brassage et il avait envie de revenir aux traditions; au côté brut de la bière, pour pouvoir en quelque sorte se connecter à la nature. Ce qui, parfois, est éludé quand on est trop concentré sur les bières de type hype. Le résultat rend assez fiers ses créateurs : un terrain de jeu très fou, qui demande d’être créatif et très minutieux. On travaille avec des microorganismes qu’on n’utilise pas habituellement, il faut donc éviter le risque de contaminer les brassins. C’est aussi pour cette raison que la microbrasserie a ses propres locaux, dans lesquels se situent le laboratoire et les cuves de production.

Quels sont les défis associés à ce type de brassage?

Le défi majeur pour produire cette déclinaison brassicole n’en est pas du tout un d’approvisionnement, contrairement à ce qu’on pourrait penser. En fait, il faut seulement monter un laboratoire d’analyse microbiologique et, par la suite, on devient un peu autosuffisant. Puis, on choisit quels microorganismes utiliser et comment les utiliser. L’enjeu majeur est plutôt d’avoir le temps de les brasser; c’est « une bière de patience et de savoir-faire ». Chez LEFOL, on préfère ralentir un peu et savoir où on s’en va.

On fabrique donc le moût dans les locaux de l’Emporium, qu’on transporte ensuite vers le fermenteur ou les tonneaux chez LEFOL.

Créneau de brassage et clientèle visée

Pour ce qui est de la clientèle visée, on est conscient qu’on s’attaque à un produit très niché, donc que la demande demeurera modeste, mais « on s’attaque à ça parce qu’on aime ça ». La recherche de marché s’est surtout limitée au fait de connaître les prix de vente habituels de ce style et les enjeux potentiels qui pourraient en découler. On souhaite donc que ça demeure un petit projet viable, qui permet d’acquérir de l’expérience et de s’amuser. On est aussi confiant que les goûts se développent et qu’il y aura toujours des nouveaux amateurs et amatrices de microbrasseries et des connaisseurs qui souhaitent découvrir des produits différents.

Faire de la promotion, mais savoir rester petit

Au moment d’écrire ces lignes, la microbrasserie LEFOL a presque 6 mois et s’est liée à une cinquantaine de détaillants soigneusement choisis en fonction de leur situation géographique et de leur clientèle spécifique. On couvre un grand territoire, mais on souhaiterait idéalement malgré tout, conserver un nombre raisonnable de points de vente, pour assurer un contact de proximité et plus personnalisé avec les détaillants. En dépit du pari risqué de demeurer le plus secret possible jusqu’au lancement officiel et de ne contacter les points de vente que deux semaines avant, la réponse est très bonne et on arrive maintenant à brosser un portrait de l’étendue de la demande. Le choix de ne pas avoir de salon de dégustation et de créer une toute petite production est donc bien volontaire, mais aussi nécessaire, par les emplois du temps chargés des propriétaires. N’ayant pas non plus de page web, on se concentre surtout sur les médias sociaux pour rejoindre la clientèle, mais aussi sur les médias traditionnels (journaux, émissions de radio et de télévision). Avouez que ça ajoute une touche de mystère et de la rareté qu’on aime bien, non?

Les étiquettes sont même produites en ce sens : pas de nom de bière, un graphisme simple, mais évolutif. On peut donc dire que le concept est réussi de l’étiquette, jusqu’aux papilles lors de la dégustation!

Comment mettre la main sur les produits LEFOL?

Avec le caractère un peu clandestin et l’envie de rester à grandeur humaine, comment fait-on pour goûter à ces brassins? LEFOL vise environ une sortie par mois, on annonce le produit sur la page Facebook, la date de vente à l’entrepôt (les bouteilles sont un peu moins coûteuses sur place), puis le reste quitte le lundi suivant vers les détaillants.

D’ailleurs, sachez que les bières de style sauvage comme celles brassées par LEFOL sont parfaites pour laisser vieillir, puisqu’avec leur composition très vivante, leur goût évolue beaucoup. Une raison de plus de rester à l’affût quand des nouveaux produits sortent, pour agrémenter vos caves de bières, bien classées selon leur millésime!

Les projets à venir

Pour 2024, LEFOL souhaite se tailler une place honnête dans le public, produire un produit bien personnel, plus complexe. On souhaite profiter du vieillissement en tonneaux et expérimenter des bières à fermentation spontanée. On veut donc continuer d’apprendre. Apprendre… à prendre le temps de brasser ce style de bière audacieux et moins commun, mais qui gagne à être connu.

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